|
|
Antoine Exiga, pourrait faire sienne cette pensée d'Alain :
« La passion est l'émotion pensée, c'est-à-dire prévue, attendue, désirée, redoutée. » A 62 ans, dont trente ans de présidence, il sait qu'il va au-devant des mêmes
soucis, des mêmes difficultés, des mêmes angoisses, et finalement des mêmes insomnies que celles qu'il s'était juré de ne plus connaître. Parce que sa passion est la plus forte.
Et que cette équipe de volley-ball aura toujours raison de ses bonnes mais très improbables résolutions : « Je le dis souvent, mais cette fois je vais le faire, je vais
arrêter. » L'an dernier, il s'agissait d'abord de faire remonter le Gfcoa en Pro A. C'est fait. Cette année, il s'agit d'abord d'installer durablement le club en Pro A.
Question préalable, que se pose Exiga, à voix haute : « Est-ce qu'on nous laissera monter ? » Et là commence sa mission impossible : insuffler de la vie dans la mort du
haut niveau en Corse. « On », autrement dit la Ligue nationale de Volley-Ball (LNFB), donne ses « conseils » en matière de budget : un club en Pro A doit
pouvoir asseoir sa saison sur une base de 1M€ (il faut comprendre qu'à l'inverse de la Ligue nationale de football (LNF) qui fait vivre ses clubs, essentiellement grâce au produit
des droits TV, ce sont les clubs de volley qui font vivre la LNVB). Le budget du GFCOA est actuellement de 700 000 € (dont 150 000 € proviennent de sponsors), il faut donc trouver
les 300 000 € salutaires. Côté sponsors, ce ne sera pas forcément simple : aux difficultés endémiques il faut ajouter la crise. Côté collectivités, ce sera forcément l'expression
d'une volonté politique. « J'ai été très bien reçu, à la Région comme à la mairie d'Ajaccio » veut rassure et d'abord se rassurer Exiga. En ce domaine, comme en
bien d'autres il est vrai, rien n'est jamais acquis. Et c'est justement ces incertitudes, celles qui touchent au budget mais celles aussi qui concernent les infrastructures, qui
pourraient bien venir à bout de cet homme passionné, opiniâtre et sérieux. Exemple, le recrutement : « Je suis obligé de faire des contrats d'un an, puisque je ne sais pas de
quoi sera fait demain ! Et c'est comme cela, pour ne parler que de l'actualité immédiate, que je perds d'emblée Mathew Webber ! L'Américain s'est révélé chez nous, à 24 ans, mais
il est libre aujourd'hui. Ce que je voudrais, c'est établir des contrats de projet. « Or, la pérennité du club exigerait des contrats de projet. » La tranquillité
d'esprit du président Exiga aussi. Pensez : en dix ans, c'est la troisième accession en Pro A qu'il connaît (1999, 2007 et donc 2009). Si l'on imagine assez facilement les joies
et la tristesse qu'auront provoqués successivement les « montées » et les « descentes », il faut aussi considérer la solitude de ce président en proie à toutes
les incertitudes (quel argent ?), à toutes les angoisses (quand ?), à ce sentiment d'impuissance propre à faire renoncer les plus têtus. Pas lui. Quand bien même le laisse-t-il
entendre au rythme des saisons dans ses moments de découragement. « Il faudra bien que je passe la main, que je ménage le palpitant... » lâche-t-il dans un sourire.
Possible. Mais vraisemblablement pas avant d'« avoir installé durablement le club en Pro A ».
Cela passera inévitablement par des infrastructures homologuées par la LNFB. Il faut rappeler que le Gfcoa joue au complexe Pascal Rossini, comble (7OO spectateurs par match) et
enthousiaste, mais par la grâce d'une dérogation. Et que cette mesure dérogatoire coure depuis... 1999. Au club, comme à la ligue, après que divers projets municipaux ont avorté,
on se tourne vers la future Halle des sports du Stiletto. À ceci près que les instances nationales du volley-ball exigent cette fois un document attestant du début des travaux en
septembre. « C'est cette année ou jamais » glisse au passage Antoine Exiga. Faisant allusion à la décision de la LNVB de réduire à seize le nombre de pensionnaires en
Pro A. Toujours est-il que la Corse compte aujourd'hui un club, pas deux, le Gfcoa volley-ball en l'occurrence (notons qu'il y a en Corse plus de 1 000 licenciés mais beaucoup
plus de pratiquants), qui appartient à l'élite nationale. Que cela tient essentiellement au dévouement et au talent d'un homme : Antoine Exiga (ce n'est pas faire injure aux
joueurs, à Frédéric Ferrandez - l'entraîneur formé au club -, à l'ensemble du staff technique, à tous les bénévoles qui oeuvrent dans l'ombre, que de le souligner). Et qu'il
faudrait maintenant que l'ensemble des partenaires du club se mobilisent (on pense d'abord, évidemment, aux collectivités locales), avec fierté et enthousiasme, dans une même
ambition, clairement affirmée.
|
|